Toni Kukoc, la sensation croate de Chicago

Croate de 2m07 né à Split, Toni Kukoc a réussi à faire sa place en tant que bon ailier complémentaire au sein de l’effectif de Chicago dans les années 90. Carrière rayonnante en Europe, voici en plusieurs paragraphes le chemin parcouru par celui qui a été surnommé “le Croatian Sensation”.

Comme la plupart des joueurs européens ayant évolué en NBA, Toni Kukoc a prouvé de fil en aiguille qu’il pouvait devenir un joueur majeur en Europe. Et cela a débuté en Croatie au Jugosplastika Split, sa ville de naissance, à l’âge de 17 ans. Le gamin de Split s’intéressait à plein de sport avant de se tourner défintivement vers le ballon orange :  tennis de table à l’adolescence, la moto et aussi football.

UN GROS PALMARÈS EUROPÉEN 

Kukoc plaque son nom dans tout le continent européen. Il remporte 3 fois d’affilée l’Euroligue en 1989, 1990 et 1991 (anciennement nommé la Coupe des Champions). En 1990 et 1991, il réalise même le triplé (Triple Crown) : coupe nationale, championnat, et Euroligue. Par la même occasion, il reçoit le titre honorifique de MVP du Final Four à plusieurs reprises. C’est ainsi que l’armoire de ce jeune joueur croate à cette période fut rempli brillants trophées.

Après six années passées à Split, Kukoc quitte son territoire natal. Direction l’Italie où le club du Benetton Trevise s’attache ses services et arbore ainsi le maillot vert du club italien en 1991. Un après son arrivée, il devient champion d’Italie. En 1993, il remporte avec ce même club une Coupe d’Italie, année où il glane aussi le trophée de MVP du Final Four de l’Euroligue et ce malgré la défaite contre Trévise.

C’est l’année d’ailleurs où Trévise perd en finale de l’Euroligue face à Limoges. Sur une des dernières possessions des Italiens dans les derniers instants du match, Kukoc expliquera qu’il y avait faute de Fredéric Forte et non interception sur son tir. A travers ses belles performances, Kukoc s’offre plusieurs surnoms: « The White Magic », The Spider from Split », The Pink Panther », « The Waiter », ou encore « The Croatian Sensation ». Avec sa sélection nationale, Kukoc décroche plusieurs trophées.

DIRECTION L’ILLINOIS ET CHICAGO

Performant en Europe, palmarès bien garni, Toni Kukoc tape dans l’œil des recruteurs NBA. En 1990, il est choisi  au second tour en 29e position par les Chicago Bulls, franchise dans lequel joue un certain Michael Jordan. Kukoc ne veut pas bruler les étapes d’étape et poursuit son développement en décidant de rester quelques années de plus en Europe. Kukoc réalisa la chance qu’il avait d’évoluer et d’apporter son jeu aux Chicago Bulls : « Cela a toujours été un rêve de venir en NBA. Quand j’ai été drafté par Chicago, je me suis dit que ça va être génial de jouer avec ces gars. Je savais que j’avais une chance de gagner le championnat avec ce club ».

Trois ans après, il quitte l’Europe pour s’installer dans l’Illinois. Il signe aux Bulls  le 19 juillet 1993 au moment où Jordan prend sa retraite après le premier three peat remporté par Chicago (1991, 1992, et 1993). Bien qu’il soit déçu de ne pas évoluer avec « sa majesté », (mais quelque chose nous dit que les deux joueurs vont bien évoluer ensemble sous le maillot des Bulls quelques années plus tard), Toni Kukoc, maillot floqué du numéro 7, fait ses premiers pas sur un parquet NBA le 5 novembre 1993 face aux Hornets (10 points, 5 rebonds).

En tant que rookie, Kukoc réalise une bonne saison 93-94 tournant à près de 11 points, 4 rebonds, 3,4 passes de moyenne pour 24 minutes de jeu passées sur les terrains. Et il fera partie du 5 majeur de la deuxième meilleure équipe des rookies en 94. Cette saison-là, le coach Phil Jackson compte beaucoup sur le croate.

Kukoc a été décisif à 25 ans dans un match de playoff. Le Zen Master mit son système en place à 1,8 secondes de la fin du match pendant le temps-mort entre les Bulls et les Knicks (Game 3 de la demi-finale de conférence Est le 13 mai 1994). Il indique aux joueurs que la gonfle reviendra dans les mains du croate alors que les Bulls sont a égalité 102 partout. Scottie Pippen est alors furieux suite à la décision de Jackson de ne pas lui offrir le shoot décisif pour la gagne. “Pip” refusa de rentrer sur le terrain après ce temps-mort. C’est le dernier souci de Phil Jackson. Kukoc tient le ballon en main et arme son shoot qui rentre donne la victoire aux Bulls (8 points, 4 rebonds).

Quelques mois avant ce match, Kukoc n’en était pas à son premier tir gagnant au buzzer. Le 21 janvier 1994, les Pacers affrontaient les Bulls au Chicago Stadium. Dans cette confrontation serrée, les deux équipes étaient à égalité 93-93. Le sniper du coté des Pacers se nommait Reggie Miller. Dans le dernier quart-temps, il réussissait un tir avec 0,8 secondes à jouer. Les Pacers menaient alors 95-93. Miller s’invite à chambrer le public de Chicago en le saluant de manière théâtrale.

Mais la NBA est connue pour sa dramaturgie, son lot de surprises et ses exploits en tout genre. Après le panier de Miller, Chicago avait donc la dernière possession. « On voulait juste marquer. Pas forcément gagner » expliquera Jackson sur ce dernier ballon en jeu. Mais Kukoc, cuir en main, décida autrement de l’issue de la rencontre et inscrit le panier à 3-points victorieux. Succès des Bulls  96-95.

Kukoc explique ce soir-là : « Je n’étais que la 4ème option sur le système. La passe de Scottie était parfaite. J’ai pris le shoot. Il n’y a rien d’exceptionnel ». Vous l’aurez compris ce tir assassin de Kukoc a bizarrement fait changer l’attitude de Reggie Miller après match : « Comme vous avez pu le constater, un match n’est jamais terminé tant que le buzzer n’a pas retenti ». Pauvre Reggie, on est mal pour lui. « Je ne sais pas s’il saluait, ou s’il nous montrait son derrière, mais on s’est bien vengé… », ironisera Phil Jackson après ce match.

Toni Kukoc est revenu sur cette saison rookie avec Chicago sans Michael Jordan dans l’effectif :

« Même sans Michael, nous avons vraiment fait une bonne saison pour ma première année. Nous avions une chance de jouer la Finale de Conférence Est. Cette première année était un moment passionnant personnellement. Être en NBA et vivre profondément mes premiers playoffs étaient une bonne expérience pour moi. Mais, pour le reste de l’équipe, c’était une situation déprimante de ne pas avoir gagné un autre championnat »

Dès la saison 1994-1995, le départ de Horace Grant à Orlando lui sera profitable. Il occupe le poste d’ailier-fort titulaire des Bulls. Cette saison-là, il finit deuxième à la fois au scoring, rebonds et passes derrière Pippen : 15,7 points, 5,4 rebonds, 4,6 passes, preuve qu’il a progressé d’une saison à l’autre. Ces deux joueurs sont clairement devenus les leaders si énergiques et énergisants des « Red Bulls » de Chi-Town depuis la retraite de Michael Jordan.

DE JOKER DE LUXE A FRANCHISE PLAYER ET MEILLEUR 6E HOMME

Un an plus tard, lors de la saison 1995-1996, Kukoc perd sa place de starter suite à l’arrivée de l’excellent rebondeur Dennis Rodman qui coïncidait avec le retour de Michael Jordan dans l’Illinois, sorti de sa retraite. Phil Jackson fait alors du joueur croate un joker de luxe capable d’aider ses coéquipiers à tout moment au rebond, au rebond si le coach sent que son équipe est moins bien en cours de match.

Ce nouveau statut a peut-être déplu à Kukoc au départ. Mais cela lui a porté chance puisqu’il reçoit un nouveau trophée individuel, celui du meilleur 6e homme. Il succède à Anthony Mason et devient le deuxième européen après l’allemand Detlef Schrempf à recevoir ce type de trophée individuel en fin de saison.

Devenant la troisième menace offensive derrière Jordan et Pippen. Kukoc (troisième meilleur marqueur des Bulls derrière les deux all-star) avait accepté cette situation progressivement :

« Phil Jackson me disait que ce n’était pas important de savoir qui allait démarrer le match. Mais c’était important de savoir qui allait jouer le dernier quart-temps. Particulièrement, dans plusieurs matchs importants, j’ai joué énormément dans le 4e quart temps. J’ai ainsi réalisé que sortir du banc pendant les matchs était une bonne chose même s’il était peu probable que je devienne un all star avec ce statut. Je ne peux pas toujours jouer 30 minutes par match mais en même temps je n’aurai jamais négocié une place de All Star contre un championnat gagné ».(nba.com/bulls)

Le 4 avril 1996, il prend feu en attaque et réalise le meilleur match de sa carrière en attaque face à Miami. Derrière les 40 points de Jordan, il en plante 34 à 12/21 aux tirs suivis de 4 rebonds et 4 passes. Chicago s’imposa 100-92 au United Center.

Et collectivement, cette saison-là correspond à un record historique pour la NBA et la franchise des Bulls : 72 victoires-10 défaites avec à la clé le 4eme titre de champion NBA. Kukoc devient alors toujours le seul joueur à gagner à la fois le titre de meilleur sixième homme et le championnat la même année (13,1 points, 4 rebonds, 3,5 passes en 81 matchs dont 20 comme titulaire).

Après le deuxième three peat historique de Chicago (1996-1997-1998), une page se tourna et un nouveau cycle démarrait aux Bulls. Après les départs simultanés de Rodman, Jordan, Pippen et de Phil Jackson, Toni Kukoc fut un des rares Bulls à ne pas quitter le navire blanc et rouge avec Ron Harper. Il devient logiquement le leader de la franchise sur le terrain. Il le démontre en affichant ses meilleurs stats avec “les taureaux” lors de la saison 1998-1999 (bien que la saison ait été marquée par le lock-out et la saison a été raccourcie de 82 à 50 matchs joués par équipes) : 18,8 points, 7 rebonds, 5,3 passes.

Lors du sixième titre glané par les Bulls, Kukoc racontait l’union sacrée qui régnait au sein de ce groupe : « nous avons su le faire, nous avons dû rester concentrés, tout le monde a vraiment adhéré à ce que nous faisions tous les jours pendant deux heures et demi ou trois heures. Cela a ressemblé à une union familiale ».

SON SOUVENIR DE JORDAN

Jordan était connu pour être très exigeant avec ses coéquipiers. Kukoc est revenu sur l’apport et leadership de His Airness : «Michael comprenait que toutes les choses arrivaient avec le temps passé aux entraînements, en apprenant à avoir confiance envers ses coéquipiers et aux coachs. Nous jouons et nous nous aidons les uns pour les autres. C’était la chose la plus grande au sujet de cette équipe des Bulls. Nous donnons tout pour les uns et les autres et c’est ça qui nous a menés aux succès ».

Et de rajouter, « la première chose qui me vient à l’esprit quand je pense à Michael est l’impression que j’ai eue lorsque je l’ai vu s’entraîner. Avec quelqu’un de si meilleur, vous pensiez que de temps en temps, il prendrait un jour de congé ou non. Mais avec Michael, ce n’était jamais le cas. Sa motivation à venir s’entrainer était telle. À chaque fois, et tous les jours il venait s’entrainer. Vous vous rendez compte alors rapidement pourquoi ce type était aussi bon qu’il était. Il n’a jamais pris un jour de congé et voulait toujours s’améliorer. Il s’entraînait comme ça et il a joué comme ça et il voulait que tout le monde autour fasse la même chose que lui ». Le travail à l’entrainement porte ses fruits. Pas de secret pour réussir si toi tu es basketteur en devenir cher lecteur.

A l’issue de la saison 1999-2000 avec Chicago durant laquelle il affiche encore de belles stats de moyenne (14,8 points ; 4,9 rebonds 4,7 passes), Kukoc change de maillot NBA puisqu’il apprend son transfert aux Philadelphia 76ers où il restera un an (2000-2001). Dès la saison suivante, il prend le chemin de la Georgie pour jouer une saison à Atlanta avec qui il réalise sa meilleure perf au scoring en moyenne (19,7). Il bougera une nouvelle fois pour étrenner sa quatrième tunique NBA avec les Milwaukee Bucks. C’est dans cette ville qu’il mettra un terme définitif à sa carrière de basketteur pro après 13 années en NBA.

Après 7 saisons passées à Chicago, Kukoc aura été l’adversaire de plusieurs soirs de Michael Jordan et Scottie Pippen. D’ailleurs, un internaute lui a demandé lors d’un chat organisé sur le site des Atlanta Hawks quel effet cela lui faisait de jouer face à ses anciens coéquipiers Jordan et Pippen sur les parquets NBA. Kukoc lui répond :

« C’est un sentiment étrange car vous avez joué avec eux pendant 7 ans et nous avons passés des bons moments en gagnant plusieurs titres NBA. Les voir porter avec un autre maillot est vraiment quelque chose d’étrange. Jamais tu n’aurais pensé que Michael et Scottie porterait un autre maillot que celui des Bulls. Nous parlons toujours quand nous jouons mais c’est très bizarre ».

Steve Kerr, nous a gratifiés d’une anecdote assez cocasse au sujet de son ex-coéquipier de Chicago sur le plateau d’une émission de télé américaine Open Court en octobre 2013. Une qu’on peut découvrir dans le livre « Playing for Keeps », un ouvrage paru en 2000 et qui retrace la carrière de Michael Jordan.

« Quand il est arrivé en NBA, avant le premier match de la saison, je lui ai demandé s’il voulait aller manger un bout. Il était environ 15 heures, quatre heures avant le match. Et il a commandé un festin : salade, entrées, énorme plat de pâtes, du poulet, un verre de vin rouge, un tiramisu en dessert et il a terminé avec un expresso. Je lui ai dit, « Tony, c’est ton repas d’avant-match ? » Il m’a répondu : « En Europe, on mange beaucoup, on boit un peu de vin, on prend un expresso, on retourne à l’hôtel chier un bon coup et on va jouer ! »

Toni Kukoc aura évolué 7 ans à Chicago en alignant des moyennes de 14,1 points, 4,8 rebonds et 4,2 passes en 436 matchs dont 217 en tant que titulaire. En playoffs, cela donne 10,9 points, 4,1 rebonds et 3,5 passes.

Les highlights de Toni Kukoc avec les Bulls

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