Lenny Wilkens, le coaching gagnant

Il s’appelle Leonard Randolph Wilkens. Mais les aficionados du basket le connaissent plus sous le nom de Lenny Wilkens. Ce natif de Brooklyn est reconnu et respecté pour être devenu un des meilleurs entraîneurs sur le circuit NBA. Précisions.

Le coaching, il le démarre très vite pendant sa carrière à 32 ans aux Sonics qu’il rejoint en 1968 après 8 saisons aux Hawks de Saint-Louis. Il devient le deuxième joueur-entraîneur de l’histoire NBA à avoir la double casquette. Pendant trois ans, de 1966 à 1969, Bill Russell avait endossé également ce rôle pour les Celtics, devenant par la même occasion le premier afro-américain à entraîner dans une grande ligue américaine de sport.

A Seattle, le bilan de Lenny Wilkens, dans son nouveau rôle n’est pas catastrophique après celui de passeur sur les terrains (6,7 de moyenne en 15 saisons dans le championnat). Il glane ainsi entre 1969 et 1972 121 succès sur 246 matchs vécus dans la peau d’un joueur-entraîneur.

Il fera un deuxième passage à Seattle de 1977 à 1985 avec un bilan nettement meilleur, succédant à Bob Hopkins éjecté après 22 matchs avec seulement 5 victoires au compteur lors de la saison 1977-1978. Et l’effet Wilkens a été immédiat sur l’équipe puisque les joueurs (Jack Silma, Gus Williams, Marvin Webster, Fred Brown, Dennis Johnson) avaient réussi à remporter 10 des 11 premiers matchs suite à ce changement d’entraîneur. Avec 42 victoires sur les 60 rencontres suivantes disputées de cette saison, Wilkens les emmène en playoffs. Des joueurs complètement requinqués après la décision forte prise par les dirigeants de Seattle de rappeler l’ancien joueur de la franchise de l’Etat de Washington. Sur ce deuxième passage, son bilan sera brillant avec 357 succès et 277 défaites, soit 56,3 % de victoires.

SEATTLE : DEUX FOIS EN FINALES NBA, CHAMPION EN 1979

Avec les Sonics, le joueur 9 fois All-Star guidera deux fois de suite son groupe aux finals NBA, en 1978 et 1979. Ces deux années, il affronte les Washington Bullets d’Elvin Hayes, Bob Dandridge, Wes Unseld, Tom Henderson, Kevin Grevey et Mitch Kupchak, un effectif dirigé par Dick Motta. En 1978, il perdra le titre au Game 7 à domicile au Center Coliseum 105-99. Sur la deuxième finale, il prendra sa revanche en les battant 4-1 dont la dernière victoire a été obtenu à l’extérieur à Maryland.

Suite au premier titre dans l’histoire de Seattle, Wilkens expliquait ce qui avait changé par rapport à la finale perdue en 1978 : “La principale différence par rapport à l’an dernier, c’est la maturité. L’année dernière, ils étaient si jeunes. Nous avons joué sur les émotions. Il y avait des incertitudes. Maintenant, nous fonctionnons strictement avec la confiance”. (nba.com)

Entre temps, avant d’humer le parfum des finales NBA, Lenny Wilkens avait posé ses valises à Portland de 1974 à 1976 pour occuper le même poste : meneur des Blazers et coach de la franchise de l’Oregon la première année et Head Coach à temps plein lors de la seconde. Il remportera 75 matchs pour 89 défaites.

Lenny Wilkens, champion NBA en 1979 avec Seattle (c) Getty

CLEVELAND : DES TAUREAUX LUI FONT BARRAGE

Lenny Wilkens va ensuite distiller à 35-36 ans ses conseils aux joueurs des Cleveland Cavaliers, autre franchise dans laquelle il brillé au poste de meneur entre 1972 et 1974 (18,5 points, 4,2 rebonds et 7,7 passes de moyenne en 149 rencontres). De 1986 à 1993, il aura des résultats en dents de scie avec la franchise de l’Ohio. Après avoir loupé les playoffs et perdu 3 fois de suite au premier tour (de 1987 à 1990), il a su trouver les clés et le temps pour transformer les Cavs en véritable ogre de la conférence Est.

De 1991 à 1993, les Cavs étaient la meilleure équipe NBA à l’Est avec dans ses rangs de belles valeurs sures pour combattre tous les soirs sur les parquets : Brad Daugherty, Larry Nance, Hot Rod Williams, Mark Price, Craig Ehlo, Gérald Wilkins. En 1992, Cleveland atteignait les finales de conférence qu’ils perdront contre les Chicago Bulls (4-2). En 1993, ils font un peu moins bien en étant “sweeper” en demi-finale de conférence Est, encore stoppée par cette équipe mythique avec Michael JordanScottie Pippen, et Horace Grant.

Rien n’y fait, les Bulls étaient injouables et beaucoup plus forts. Et Wilkens n’a pas trouvé le système qu’il fallait pour arrêter le favori du championnat ces deux années-là

ATLANTA : COACH OF THE YEAR 1994

Après 7 années dans l’Ohio, Wilkens poursuivait son périple aux Etats-Unis pour enrichir davantage son CV de coach et engranger encore de l’expérience. Il reste dans la conférence Est et s’engage avec les Atlanta Hawks à 56 ans. L’ancien meneur du championnat entamait alors sa 21ème saison en tant qu’entraîneur NBA. Les Hawks ne lui sont pas familiers, lui qui a porté le maillot de Saint-Louis de 1960 à 1968 avant le déménagement en Géorgie. Bonne pioche pour la franchise, Wilkens brille avec son roster pour sa première saison (Mookie Blaylock, Stacey Augmon, Danny Manning, Dominique Wilkins, Kevin Willis, et Craig Ehlo).

Avec 57 victoires en 82 matchs en 1993-1994, les Hawks sont leaders de la conférence Est après avoir terminé à 7ème place la saison précédente, en 1992-1993. Une progression notable avec l’arrivée de ce coach qui obtient de bons résultats et le titre de champion de la Division Centrale, une première depuis 1987. Cette transfiguration d’une année à l’autre a été marquée par une défense beaucoup plus imperméable : les Hawks sont passés à 108,4 points encaissés à 96,2, soit un gap de plus de 12 unités.

Il est nommé Coach of the Year en 1994 succédant à Pat RileyFin mai 1994 pour AP, Lenny Wilkens était très honoré de recevoir cette distinction. Il le doit à son travail d’encadrement avec ses joueurs qu’ils guident vers les sommets : “Jamais je n’aurais pensé que nous aurions cette réussite telle. Les coachs sont aussi bons que leurs joueurs. Et nos joueurs sont très très réactifs. Ils ont accepté le défi, celui de se mettre en route pour passer à un niveau supérieur. Comme je leur ai dit, nous avons franchi la première étape”.

Lenny Wilkens sur le banc d’Atlanta en 1994 (c) nba.com
6 JANVIER 1995 : COACH LE PLUS VICTORIEUX

La saison suivante, Atlanta marque le pas et gagne moins de matchs finissant avec un bilan tout juste équilibré : 42 victoires et 40 défaites en 1994-1995. Mais Wilkens rentre dans l’histoire le 6 janvier 1995 en devenant le coach NBA ayant enregistré le plus grand nombre de victoires en saison régulière. Il devance Red Auerbach, coach légendaire des Boston Celtics (1950-1966) avec sa 939ème victoire à la suite du succès des Hawks contre Washington 112-90.

A l’issue de cette victoire, Wilkens rendait hommage au coach des C’s, cigare à la bouche: “Red est une légende, c’est un énorme accomplissement. Quand j’ai commencé à entraîner, tous regardait Red en pensant que son record ne tiendra pas pour toujours. La satisfaction, c’est qu’une personne ne peut être numéro 1 à ce moment. Seul un gars peut être au top. C’est beau d’être là pour le temps. Je suis là, personne peut me l’enlever”.

Un an et demi plus tard, en mars 1996, il atteint cette fameuse barre des 1000 matchs gagnés en NBA devenant le premier coach à avoir accompli cette mission. Atlanta lui offra ce cadeau suite à une victoire des siens contre les Cleveland Cavaliers 76-68, son ancien club. Pur hasard, c’est le signe vraiment d’un clin d’oeil à sa carrière.

Par la suite, il va connaître des fortunes diverses avec Atlanta en perdant toujours en demi-finale de conférence et loupant ainsi l’accès aux finales de conférence Est (1996, 1997 et 1999). Surtout, il quittera Atlanta à la fin de la saison 1999-2000 sur une mauvaise note et un bilan exécrable, le pire chez les Hawks avec 28 victoires en 82 matchs. En Géorgie, il aura entraîné Dikembe Mutombo, Christian Laettner, Steve Smith, Grant Long, Tyrone Corbin, Laphonso Ellis.

Lenny Wilkens, cigare à la main, après le record de victoires (c) Getty
TORONTO : LA ROUTE VERS LE CANADA

Lenny Wilkens changea de cap une fois de plus et a visité le Canada pour atterir à Toronto pour aller coacher notamment la future star de la NBA des années 2000 : Vince Carter, âgé de 24 ans. Avec un nouveau coach, les Raptors montrent les crocs et confirment leur belle saison avec Vinsanity en leader d’attaque : 45 victoires et 37 défaites. Wilkens fait progresser son équipe qui joue alors pour la première fois une finale de conférence en 2001 face aux Philadelphie Sixers d’Allen Iverson. Les deux années suivantes (2001-2002, 2002-2003), il ne parviendra pas à réitérer pareil exploit en gagnant moins de matchs 42 puis 24 rencontres.

NEW YORK : FIN DE COACHING A BIG APPLE

Lenny Wilkens trouve encore la passion, la force de donner ses consignes et gesticuler sur le banc de touche. Après cet épisode dans le froid glaciel de Toronto, changement de climat et de destination, il pose ses valises à New-York en cours de saison remplaçant Don Chaney en 2003. En 42 matchs, il obtient 23 victoires mais perd au premier tour, sweepé par les Nets de New Jersey. Il ne fera guère mieux la saison suivante avec 17 victoires en 39 matchs. Les Knicks le virent. Ce sera sa toute dernière expérience de coaching sur un banc à 67 ans.

Rare qu’un ancien joueur de la NBA ait autant eu une telle longévité sur le banc. Il aura vécu au total 2487 matchs à la tête d’une franchise NBA. Il récolte un total de 1332 victoires et 1155 défaites, soit 53,6 % de victoires. A son actif, il est nommé 6 fois coach du mois :

  • En avril 1988 (Cleveland)
  • En décembre 1988 (Cleveland)
  • En février 1993 (Cleveland)
  • En janvier 1997 (Atlanta)
  • En novembre 1997 (Atlanta)
  • En avril 2002 (Toronto)

Il fait partie des coachs qui auront longtemps exercé le métier de coach dans une des plus grandes ligues du sport professionnel américain : Connie Mack (55) et Jack Mcgraw (33) en Major League de Baseball (MLB) ; George Halas (40), Curty Lambeau (33) et Don Shula (33) en National Football League (NFL)

Puis Lenny Wilkens a eu le privilège de coacher la sélection de la Conférence Est à 4 reprises au All-Star Game : 1979, 1980, 1989 et 1994). En playoffs, il aura dirigé un total de 178 matchs pour un bilan de 80 victoires et 98 défaites, soit 45 % de réussite.

COURONNE AVEC TEAM USA

Il connaîtra entre les saisons NBA à deux reprises une expérience en participant aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 et ceux d’Atlanta en 1996 respectivement au poste d’assistant coach auprès de Chuck Daly et Head Coach (nommé le 24 avril 1995). Lors de ces deux olympiades, il remporte la médaille d’or avec l’équipe américaine hyper dominatrice sur la scène internationale.

Il rentre au Naismith National Hall Of Fame en 1998 en tant que coach. Il l’a déjà été une première fois en 1989 comme joueur. En 2010, il est honoré une nouvelle fois en tant que membre de la Dream Team 1992.

(Lenny Wilkens, coach de Team Usa en 1996 (c) AJC staff photo – Philip McCollum)

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